QUAND LE FEMININ SE SOUVIENT
Quand le féminin se souvient !
Et si, derrière l’oubli des femmes dans l’Histoire, se cachait aussi une part de nous-mêmes que nous avons oubliée ?
En découvrant Donne-moi des Elles, de Caroline Lesire et Alexandra Ughetto, une réflexion s’est imposée à moi.
Où sont les femmes dans notre Histoire ?
Elles étaient là.
Elles ont créé, soigné, enseigné, cherché, inventé, écrit, résisté, transmis.
Elles ont été guérisseuses, artistes, scientifiques, philosophes, aventurières, dirigeantes, mystiques, femmes libres…
Et pourtant, leurs noms ont souvent disparu de nos récits.
Comme si leur présence avait été effacée.
Comme si leur voix avait été recouverte par celles des hommes.
Des siècles à apprendre à se faire petite !
Le patriarcat n’est pas seulement une organisation sociale ou historique.
C’est aussi une manière de penser qui s’est transmise de génération en génération.
Pendant longtemps, on a appris aux femmes à être sages, discrètes, raisonnables.
À prendre soin des autres.
À être de bonnes filles, de bonnes épouses, de bonnes mères.
À ne pas trop parler. À ne pas trop déranger. À ne pas trop prendre de place.
Et surtout…
à ne pas être « trop ».
Trop sensible. Trop ambitieuse. Trop indépendante. Trop intuitive. Trop libre. Trop vivante.
Alors, peu à peu, certaines femmes ont appris à couper une partie d’elles-mêmes pour entrer dans ce que l’on attendait d’elles.
Elles ont appris à écouter les autres avant de s’écouter.
À donner avant de recevoir.
À s’adapter avant de ressentir.
À faire plutôt qu’à être.
Et peut-être qu’une partie de cette mémoire existe encore en nous.
Le féminin blessé
Lorsque je parle du féminin blessé, je ne parle pas seulement des blessures individuelles.
Je pense aussi à une mémoire beaucoup plus ancienne.
À toutes ces femmes qui ont dû renoncer à une partie d’elles-mêmes pour survivre, être acceptées, appartenir, être aimées.
À celles qui ont dû cacher leur intelligence. Leur intuition. Leur puissance. Leur créativité. Leur sensualité. Leur spiritualité. Leur liberté.
Et peut-être qu’aujourd’hui encore, certaines d’entre nous portent inconsciemment ces anciens réflexes.
Nous avons le droit de réussir, mais nous culpabilisons de prendre trop de place.
Nous avons le droit de dire non, mais nous avons peur de décevoir.
Nous avons le droit de recevoir, mais nous sommes beaucoup plus à l’aise pour donner.
Nous avons le droit d’être visibles, mais une petite voix intérieure nous souffle :
« Qui crois-tu être ? »
Alors nous nous retenons. Nous nous diminuons. Nous nous éloignons parfois de notre propre lumière.
Se souvenir de celles qui nous ont précédées
C’est pour cela que je trouve si précieux de redécouvrir ces femmes oubliées.
Parce qu’en retrouvant leurs histoires, nous retrouvons aussi quelque chose de nous.
Elles nous rappellent que nous ne sommes pas les premières à chercher notre liberté.
Que des femmes avant nous ont osé. Qu’elles ont créé malgré les interdits. Pensé malgré les limites.
Parlé malgré les silences. Et parfois même ouvert des chemins que nous empruntons aujourd’hui sans savoir qu’elles les avaient préparés.
Leur mémoire peut devenir une force.
Leur histoire peut devenir une racine.
Et peut-être pouvons-nous alors regarder notre propre histoire autrement.
Qu’est-ce que j’ai oublié de moi ?
C’est une question que j’aime particulièrement poser.
Pas seulement :
« Qui suis-je ? » Mais aussi : « Quelle partie de moi ai-je oubliée ? »
Quelle femme étais-je avant d’apprendre ce que je devais être ?
Avant les « sois sage ». Avant les « fais plaisir ». Avant les « ce n’est pas raisonnable ».
Avant les « une femme ne fait pas ça ».
Avant toutes ces petites phrases qui, répétées suffisamment souvent, finissent parfois par devenir notre propre voix.
Que reste-t-il lorsque nous retirons tout ce que nous avons appris à être ?
Peut-être une intuition. Un désir. Une créativité. Une force tranquille. Une sensibilité profonde. Une voix intérieure qui n’a jamais complètement cessé de parler.
Revenir à soi
Se reconnecter à son féminin ne signifie pas entrer dans une nouvelle définition de ce qu’est « une femme ».
Il ne s’agit pas de remplacer une injonction par une autre. Le féminin sacré n’est pas un modèle à atteindre.
Il est, pour moi, un espace intérieur.
Un espace où nous pouvons retrouver notre écoute, notre intuition, notre réceptivité, notre créativité, notre puissance douce.
Un espace où nous n’avons plus besoin de nous opposer pour exister. Où nous pouvons simplement être.
Être femme à notre manière. Être sensible sans être fragile. Être puissante sans devenir dure. Être douce sans nous effacer.
Donner sans nous épuiser. Recevoir sans culpabiliser.
Dire oui lorsque notre cœur dit oui. Et dire non lorsque quelque chose en nous dit non.
Et si nous écrivions la suite ?
Nous ne pouvons pas réécrire l’Histoire. Mais nous pouvons peut-être écrire la suite.
Pour nous. Pour nos filles. Pour celles qui viendront après nous.
En osant être visibles. En osant prendre notre place. En osant parler. Créer. Choisir. Aimer. Recevoir.
En cessant progressivement de nous excuser d’être qui nous sommes.
Peut-être que la véritable guérison du féminin ne consiste pas à revenir à ce qui était autrefois.
Mais à retrouver en nous ce qui n’a jamais vraiment disparu.
Cette part libre. Cette part intuitive. Cette part vivante.
Cette femme intérieure qui attend parfois simplement que nous lui fassions à nouveau de la place.
Alors peut-être qu’en redonnant une voix aux femmes oubliées de notre Histoire, nous redonnons aussi une voix à toutes celles qui, en nous, ont été réduites au silence.
Et peut-être qu’un jour, celles qui viendront après nous n’auront plus besoin de chercher les traces de leur puissance dans les livres d’Histoire.
Parce qu’elles auront grandi avec des femmes qui leur auront montré, par leur propre vie, que prendre sa place ne signifie pas prendre celle de quelqu’un d’autre.
Cela signifie simplement…
oser être soi.
Et peut-être est-ce là, finalement, le plus beau des héritages que nous puissions transmettre.


